Vous avez déjà entendu parler du portrait chinois sans trop savoir ce que c'était exactement ? C'est ce jeu où l'on demande à quelqu'un « si tu étais un animal, tu serais quoi ? » ou « si tu étais une ville, laquelle ? ». Derrière l'apparente simplicité se cache un outil étonnamment puissant. Pas seulement pour briser la glace entre correspondants ou en colo. En communication d'entreprise et en relations presse, il peut devenir un vrai levier pour humaniser les équipes, affiner une personnalité de marque ou rendre un atelier plus créatif.
Bon, soyons clairs dès le départ. Le portrait chinois n'a rien de chinois. Le nom vient juste du fait que le jeu est un peu « compliqué », dans le sens ancien du terme. C'est une variante littéraire du questionnaire de Proust, mais plus libre, plus analogique. On ne demande pas directement « quelles sont tes qualités ? ». On passe par des détours : un animal, un objet, un paysage, un plat. Et c'est précisément ce détour qui fait toute la différence.
Le principe du portrait chinois, en version pro
Le mécanisme est simple. On propose une série de questions du type « Si j'étais [catégorie], je serais [réponse] ». La personne répond, souvent avec une petite justification qui révèle encore plus. On peut le faire seul, pour soi, ou en groupe pour apprendre à se connaître.
Ce qui change tout en contexte professionnel, c'est l'intention. On ne cherche pas forcément à « deviner » qui est qui. On cherche à faire émerger des traits de caractère, des valeurs, un style de communication qui ne sortent pas toujours dans un CV ou une présentation PowerPoint. Et honnêtement, ça marche souvent mieux qu'un énième exercice de team building formaté.
Dans les études qualitatives de marque, ce genre d'analogies projectives est d'ailleurs utilisé depuis longtemps pour cartographier l'image d'une marque. Transposer la marque dans un univers complètement différent (un animal, une voiture, une célébrité) permet de faire surgir des insights que les questions directes ratent. Les agences de communication le savent bien.
Les grandes familles de questions qu'on retrouve partout
On distingue classiquement plusieurs univers. Le portrait nature d'abord : animal, plante, élément (eau, feu…), saison, moment de la journée. C'est souvent le plus parlant pour le caractère. Un « renard » ou un « lion » ne raconte pas la même chose.
Viennent ensuite les lieux : pays, ville, paysage, pièce de la maison. Ça en dit long sur la façon dont on se projette ou dont on voit son environnement de travail.
Le portrait objet est plus concret : objet du quotidien, véhicule, vêtement, outil de bureau. Très utile pour parler de posture professionnelle ou de style de collaboration.
Le versant culture marche toujours fort : livre, film, chanson, personnage de fiction, super pouvoir, instrument de musique. C'est là qu'on capte souvent les références et l'univers mental de la personne.
On peut ajouter le gourmand (plat, fruit, boisson), les loisirs, ou des questions plus introspectives (qualité, émotion, plaisir). Rien n'oblige à tout utiliser. L'important est de choisir 8 à 12 questions qui collent au contexte.
Pourquoi les communicants et les relations presse devraient s'en emparer
Franchement, dans nos métiers, on passe beaucoup de temps à parler de stratégie, de messages clés, de tonalité de marque. On oublie parfois que tout repose sur des humains. Le portrait chinois, c'est une façon rapide et peu intrusive de remettre de l'humain au centre.
En interne, dans une agence de communication ou une direction RP, il fluidifie les relations. Un nouveau qui arrive, une équipe qui s'agrandit, une fusion… Au lieu du classique tour de table « je m'appelle, je fais ça », on passe par des analogies. Les connexions se font plus vite. On découvre que la personne ultra structurée est « un agenda en cuir » et que le créatif bordélique est « un café serré qui réveille tout le monde ». Ces détails restent.
Côté marque, c'est excellent pour les ateliers de positionnement. Demander à l'équipe « si notre marque était un animal, lequel ? » ou « si elle était un quartier de Paris… » fait souvent émerger des consensus ou des tensions créatives qu'on n'aurait pas vues autrement. Certaines agences le font même publiquement pour humaniser leur marque employeur.
En relations presse, on peut l'utiliser en amont d'une formation porte-parole. Aider un dirigeant à trouver des images qui lui ressemblent vraiment, au lieu de lui coller des formules toutes faites. Ou pour préparer un pitch créatif : présenter un client à un journaliste via quelques analogies bien senties, ça change du sempiternel dossier de presse.
Comment animer un portrait chinois sans que ça tombe à plat
La clé, c'est l'adaptation. En entreprise, on évite les questions trop intimes (mauvaises habitudes, gros mots, etc.). On reste sur des catégories neutres et positives.
Prévoyez une petite introduction : « On va faire un exercice rapide pour mieux se connaître, sans prise de tête. » Donnez 5 à 7 minutes par personne pour noter ses réponses. Puis on partage, soit en binôme, soit en cercle. La justification compte autant que la réponse elle-même.
On peut aussi inverser le jeu : « Devinez qui a répondu ça » pour ajouter une dimension ludique. Ou demander à chacun de faire le portrait chinois d'un collègue (avec bienveillance, évidemment).
En version digitale, un simple formulaire partagé ou un tableau Miro fonctionne très bien. Certaines équipes le transforment même en contenu : un carrousel LinkedIn « Le portrait chinois de notre équipe RP » marche souvent mieux qu'un post corporate classique.
Dernier point important : gardez une trace. Noter les réponses (anonymisées si besoin) permet de revenir dessus plus tard, lors d'un séminaire ou d'une réflexion sur la culture d'équipe.
Ce que j'en retiens après l'avoir testé plusieurs fois
Le portrait chinois ne remplace pas une vraie stratégie de communication interne ni un travail approfondi sur la personnalité de marque. Mais c'est un excellent point d'entrée. Simple, presque gratuit, adaptable à toutes les tailles d'équipe et qui produit presque toujours des sourires et des « ah ouais, je comprends mieux maintenant ».
Dans un métier où tout va vite, où les visios s'enchaînent et où les messages se standardisent, ces petits détours analogiques ont quelque chose de rafraîchissant. Ils rappellent que derrière chaque stratégie, chaque campagne, chaque relation avec la presse, il y a des gens avec des références, des goûts et des façons d'être qui méritent d'être vues.
Alors la prochaine fois que vous cherchez un exercice pour démarrer une réunion d'équipe, un atelier client ou une session de brainstorming, pensez-y. Le portrait chinois est peut-être le plus vieux jeu littéraire du monde, mais il a encore de beaux jours devant lui dans nos agences et nos directions de communication.